Outside, une rencontre posthume

Photo prise avant la représentation du 21 Juillet

Outside est un spectacle essentiel. Parce qu’il est essentiel de dénoncer l’oppression subie par des artistes dans certaines dictatures, en l’occurrence la Chine et la Russie. Outside est le rendez-vous manqué de deux hommes en quête de liberté. D’abord Ren Hang, photographe chinois dont les images subversives voire pornographiques étaient censurées dans son pays. Ensuite, Kirill Serebrennikov, réalisateur et metteur en scène russe assigné à résidence à Moscou pour un soi-disant trafic. Le festival d’Avignon a eu l’audace d’inviter cette pièce de Serebrennikov pour sept représentations au mois de Juillet.

Untitled, 2016   © Courtesy of Estate of Ren Hang and stieglitz19

Les comédiens du Gogol Center ont présenté Outside sans leur metteur en scène resté en Russie. Trois navettes du festival acheminent les spectateurs à L’autre scène du Grand Avignon de Vedène. La standing ovation finale montre que le spectacle a bien trouvé son public. Un public d’initiés en expédition et conquit pour un spectacle en croisade, donc.

© Christophe Raynaud de Lage

Pendant l’entrée des spectateurs, des comédiens encordés collent une photographie de Ren Hang sur le mur du fond de scène. C’est le seul cliché du spectacle. Une fois l’exercice fini, la salle plonge dans le noir. D’une rencontre manquée naît une rencontre virtuelle, celle du plateau.

© Christophe Raynaud de Lage

Un art libre

Kirill et Ren se retrouvent sur scène par l’intermédiaire de leur personnage puisque le rendez-vous prévu le 26 Février 2017 n’a pas eu lieu. Ren s’est défenestré à Pékin, deux jours plus tôt. Le comédien Odin Lund Biron joue Kirill avec qui dialogue le personnage Ren. Leur conversation révèle l’intimité du photographe notamment son homosexualité et sa dépression chronique. La scénographie évolue à vue comme les deux petits podiums parquetés roulant sur le plateau. Des métaphores d’un enfermement physique voire mental que les artistes essaient de dépasser. Une façade vitrée rappelle la fenêtre de la liberté choisie par Ren. Un dernier geste dont il parlait en ces termes : « Si la vie est un abîme sans fond, lorsque je sauterai, la chute sans fin sera aussi une manière de voler ». Il a pris son envol depuis la terrasse de l’immeuble où il photographiait ses camarades. Serebrennikov a mis en scène ses séances de travail de manière très visuelle.

© Christophe Raynaud de Lage

Temps photographique et temps scénique

Les tableaux traduisent les univers de Ren comme le monde de la nuit berlinoise au Berghain, les douces conversations avec sa mère et ses séances de photographies. Nous apprenons que Ren dirigeait des shooting érotiques voire pornographiques avec beaucoup d’humour et de liberté. La reconstitution scénique des séances questionnent la notion du temps dans l’art notamment le passage de la photographie à deux dimensions vers la représentation théâtrale à trois dimensions. L’immortalité de la photographie dévoilé par le théâtre éphémère. Sans montrer de photographies, le metteur en scène donne vie aux images. Avec beaucoup de cynisme et sans vulgarité, les situations détonnent par leur étrangeté et leur impertinence. On est dans le trash guilleret lorsque l’un des mannequins urine sur un téléphone alors qu’une partenaire lui chantonne « come, come, come ». Il en dégage malgré tout une sensation de grande solitude. En passant à la troisième dimension (le temps théâtral), Serebrennikov sublime les photographies.

© Christophe Raynaud de Lage

De provocation en auto-dérision, on approche Mapplethorp et Noureev. « A chaque fois que je fais une bêtise, je sens que la vie est meilleure ». Ren transgresse les codes pour lutter contre un profond mal-être que sa mère fait mine d’ignorer. Souvent présents, la danse, la musique et le chant live témoignent de la liberté comme le moteur de sa création.

© Ira Polyarnara

Ren a pris son envol. Sur scène, les comédiens flottent sur un vent de liberté artificiel. Sa délivrance hurle comme un cri de révolte à l’instar du message inscrit sur les t-shirts des comédiens aux saluts : « Free Kirill ».

Photo prise aux saluts le 21 Juillet
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